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Colloque international les 5, 6 et 7 juin 2019 à Caen : Les stratégies de destination large de la fiction narrative aux XVe et XVIe siècles et exposition La Bibliothèque bleue de Normandie

par Hélène RABAEY - publié le , mis à jour le

Colloque international les 5, 6 et 7 juin 2019 à Caen : Les stratégies de destination large de la fiction narrative aux XVe et XVIe siècles et exposition La Bibliothèque bleue de Normandie.

Lieux de la manifestation : Caen, MRSH, Salle des Actes (5 et 6 juin) et Bibliothèque Municipale (7 juin)


Responsables de l’organisation :


Pascale Mounier (Université de Caen, LASLAR, EA 4256)
Hélène Rabaey (Université Le Havre-Normandie, GRIC, EA 4314)


Résumé :


Notre projet scientifique a pour but d’étudier la diffusion large des livres du XVe au XIXe siècle en recherchant à définir les modalités de préparation des textes pour le grand public. Il comporte deux volets : d’une part un colloque qui mettra en évidence comment les auteurs produisant des œuvres de fiction ainsi que les éditeurs de ces œuvres se mettent progressivement à inventer des stratégies de destination large que nous identifierons à partir d’indices tangibles (métadiscours de l’auteur, du traducteur, de l’adaptateur ou de l’éditeur, mise en page, mise en chapitres, illustration…). L’enquête portera sur des fictions de type narratif (romans, nouvelles, contes, fables) produites, traduites ou diffusées en français aux XVe et XVIe siècles en Europe. Le second volet prolonge cette réflexion dans le cadre normand des XVIIIe et XIXe siècles avec une exposition en partenariat avec la Bibliothèque municipale de Caen puis celle de Rouen. Il s’agit ici d’étudier la réception d’œuvres spécifiquement conçues pour le grand public : la Bibliothèque bleue. La Bibliothèque bleue, qui fleurit en Normandie de la fin du XVIIe au XIXe siècle, vulgarise en effet, comme elle l’a d’abord fait à Troyes, des manuels pratiques, des textes de piété et des fictions souvent composées à la fin du Moyen Âge et au XVIe siècle. Le large empan diachronique ainsi ouvert met en lumière un cas intéressant, très peu examiné jusqu’à présent, d’élargissement au plan local du lectorat d’œuvres pensées au départ pour un public restreint .


Comité scientifique :


Jean-Claude Arnould (université de Rouen, PU)

Pedro M. Catedra (université de Salamanca, professeur)

Silvia Fabrizio Costa (université de Caen, PU)

Laurence Mathey (université Le Havre-Normandie, PU)

Pascale Mounier (université de Caen, MC)

Hélène Rabaey (université Le Havre-Normandie, MC)

Marie-Claire Thomine (université Lille 3, PU)


Argumentaire détaillé du colloque :


S’il existe au Moyen Âge des œuvres pensées ou adaptées pour un public non savant, l’apparition de l’imprimerie fait naître au XVe siècle et développe au XVIe siècle l’idée d’une diffusion large possible des livres. Par corollaire les auteurs produisant des œuvres de fiction, réputées par nature plaisantes et accessibles au plus grand nombre, et les éditeurs de ces œuvres se mettent progressivement à inventer des stratégies de destination large. Au-delà du simple usage de l’imprimé et du choix du vulgaire quelles sont ces modalités de préparation des textes et des livres pour le grand public ? La question gagne à être posée du point de vue de la littérature et de l’histoire du livre (manuscrit compris) plutôt que de celui de l’histoire de la lecture et de la bibliophilie, comme cela a beaucoup été fait.
Elle engage en effet la réception programmée d’œuvres de fiction, non leur réception effective. Il s’agit de repérer dans telle ou telle œuvre ou tel ou tel ensemble d’œuvres un projet de vulgarisation ou de popularisation, c’est-à-dire de propagation ou diffusion auprès de tous. L’idée n’est donc pas de comprendre la notion de « littérature populaire » au sens socio-politique : les études d’histoire du livre et de la lecture ont trop longtemps postulé un lien entre tel ou tel choix de traduction ou d’illustration et l’éducation réputée limitée de certains groupes sociaux mais ont permis de mieux connaître l’identité des consommateurs réels des livres. Il s’agit de chercher des indices tangibles d’une volonté d’élargir le lectorat, pas forcément réductible au peuple donc, dans les œuvres elles-mêmes.
En termes de corpus l’enquête peut porter sur une ou plusieurs fictions produites, traduites ou diffusées en français des débuts de l’imprimerie à 1600 environ dans l’espace européen. Elle se concentrera sur des productions de type narratif, donc des œuvres qui offrent une représentation du monde par le biais d’un ou plusieurs narrateurs, de façon à ce que d’une étude à l’autre on arrive à brosser un tableau complet du champ considéré. Les romans, nouvelles, contes, fables et certains dialogues à dimension narrative s’avèrent en l’occurrence de deux sortes possibles selon la question envisagée : soit ils sont neufs soit ils sont plus ou moins anciens ou ont un original en langue étrangère et se trouvent mis pour la première fois sous presse en français. Pour les œuvres produites aux XVe et XVIe siècles les stratégies de destination sont à référer à l’auteur et à l’éditeur ; pour les autres elles le sont au traducteur ou à l’adaptateur et à nouveau à l’éditeur. Le phénomène de la réédition, qui introduit parfois des modifications substantielles, engage dans les deux cas toujours l’instance de l’éditeur avec ou sans celles de l’auteur, du traducteur et de l’adaptateur. Il est important de tenter de savoir à qui imputer telle ou telle stratégie, que l’on puisse ou non mettre un nom de personne sur la ou les instances en question.
En termes d’éléments de repérage nous proposons de mener l’enquête sur les stratégies de destination en couplant deux ensembles d’indices. Le premier est constitué par les éléments de conceptualisation que livrent les fictions. Le métadiscours produit par l’auteur, même anonyme, le traducteur, l’adaptateur ou l’éditeur révèle en effet à l’occasion un projet de destination large. Le second faisceau d’éléments à approcher concerne le contenu lui-même, d’un double point de vue textuel et matériel. Dans le premier cas on s’attache aux marques génériques et sous-génériques, à la conduite de l’histoire ou encore aux particularités linguistiques des œuvres. Dans le second on prend en compte la mise en page, la mise en chapitres ou encore l’illustration des éditions.
En termes de méthode nous souhaitons croiser l’approche littéraire à l’approche livresque. On pourra en particulier voir en quoi les mutations d’un texte au cours du temps engagent la création de divers lectorats, dont l’« identité culturelle » (Chartier, « Stratégies éditoriales et lectures populaires », in Lectures et lecteurs dans la France d’Ancien Régime, Paris, Le Seuil, 1987, p. 87-124 et ici p. 120) est ou non repérable. Le phénomène de la mise ou remise sous presse de fictions antiques ou médiévales à l’époque de l’imprimerie peut en effet s’accompagner d’une transformation vulgarisante ; celle-ci apparaît par confrontation de la ou des versions remaniées à la version originale, ce qui engage pour une traduction par exemple des choix linguistiques et de séquençage narratif en plus de ceux de mise en page. Quand la fiction étudiée est destinée à connaître des stratégies plus massivement popularisantes dans les siècles ultérieurs, par exemple en subissant un raccourcissement et une simplification drastiques, l’approche comparative est à nouveau susceptible de révéler les points communs et les différences entre les versions livrées au public. On pourra par exemple se demander pour certains textes si les adaptateurs et les gens du livre de la Renaissance préparent ou non les stratégies éditoriales à l’œuvre dans la Bibliothèque bleue, et le cas échéant s’interroger sur les spécificités de leurs propres stratégies.
Il faut ainsi tâcher de déterminer la nature des stratégies qui se combinent dans le fait de programmer une destination large pour une fiction précise ou un ensemble de fictions. On peut essayer de voir s’il existe des spécificités de ce point de vue selon le degré d’invention des œuvres, si tant est que la notion d’« originalité » ait un sens pour l’époque. La création d’une œuvre, soit ex nihilo soit à partir d’un matériau qui a déjà connu le succès (rédaction de suites d’un récit, adaptation d’un fait divers, etc.), implique par exemple éventuellement une sélection d’une matière plaisante, une organisation claire et un guidage de l’interprétation. L’altération d’une ou plusieurs œuvres déjà produites met en œuvre, semble-t-il, quant à elle des opérations similaires ; mais celles-ci se voient infléchies par le fait que la source ou l’original constitue un cadre contraignant. Pour rendre accessible l’œuvre choisie le traducteur, l’adaptateur ou l’éditeur peut se livrer à une réfection de passages difficiles, à une simplification de l’organisation narrative (calibrage de la longueur, aération et clarté de la mise en pages, découpage de la matière en chapitres, etc.) et à une explicitation du sens (paraphrase de passages, appui sur l’illustration, etc.). L’activité d’altération mobilise en outre des interventions propres, selon le degré de liberté que s’accorde l’instance qui la prend en charge. Les opérations de vulgarisation apparaissent donc similaires et distinctes à la fois d’un type de productions à un autre, ce qui reste à vérifier.

Expositions La Bibliothèque bleue de Normandie


Caen, BM, 1er mai-30 septembre 2019 : Exposition « La Bibliothèque bleue de Normandie ». Conférences autour de l’exposition et visite guidée de l’exposition.


Rouen, BM et Munaé (« Le musée » et « Centre de ressources »), 22 novembre 2019. Présentation de livres de la Bibliothèque bleue publiés en Normandie et conservés à Rouen (Bibliothèque patrimoniale Villon). Visite du site Munaé « Le musée ». Conférences autour de la présentation de livres (Munaé, Centre de ressources).


Commissaires d’exposition


Sophie Biard (Caen, BM, conservateur responsable du pôle Patrimoine)
Anne-Bénédicte Levollant (Rouen, BM, conservateur responsable du pôle Patrimoine, directrice adjointe)
Pascale Mounier (université de Caen, EA 4256 LASLAR)


Autour de l’exposition « La Bibliothèque bleue de Normandie » : vendredi 7 juin 2019


Conférences : 14 h-17 h

Malcolm Walsby (université de Rennes)
Mathilde Le Roc’h Morgère (Archives départementales de la Drôme, directrice adjointe)
Marie-Dominique Leclerc (université de Reims Champagne-Ardenne)
Helwi Blom (université d’Utrecht)
Pascale Mounier (université de Caen)


Visite guidée de l’exposition : 17 h


Autour de la présentation de livres de la Bibliothèque bleue publiés en Normandie et conservés à Rouen : vendredi 22 novembre 2019 (9 h-17 h)


Présentation de livres de la Bibliothèque bleue publiés en Normandie et conservés à Rouen (Bibliothèque patrimoniale Villon) et visite du site Munaé « Le musée » (Maison des Quatre Fils Aymon) : 9 h-12 h.


Conférences : 14 h-17 h


Jean-Dominique Mellot (BnF, conservateur général)
Catherine Velay-Vallantin (EHESS)
Lise Andries (CNRS)
Geneviève Deblock